La comtesse Greffulhe
Figure centrale de la vie mondaine et artistique parisienne entre 1880 et 1914, Élisabeth Greffulhe a laissé peu d'écrits et beaucoup de traces. Ce site s'intéresse aux lieux.
Née Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay en 1860, elle épouse en 1878 le comte Henry Greffulhe, héritier d'une grande fortune bancaire. Elle meurt en 1952, ayant traversé soixante-dix ans de vie parisienne dont elle fut l'une des figures les plus observées.
Sa notoriété posthume doit beaucoup à Marcel Proust, qui la connut et s'en inspira pour construire la duchesse de Guermantes. Elle doit aussi, et c'est moins souvent rappelé, à une activité de mécène qui a compté dans la diffusion de Wagner en France et dans l'accueil des Ballets russes.
Sa notoriété de son vivant, elle, doit beaucoup à un dispositif dont il ne reste presque rien : les chroniques mondaines des quotidiens parisiens, qui enregistraient jour après jour qui recevait qui.
Les lieux
Trois adresses structurent son existence, et ce sont elles qui nous intéressent ici.
L'hôtel particulier de la rue d'Astorg, à Paris, où se tenait son salon. Le château de Bois-Boudran, en Seine-et-Marne, domaine de chasse de la famille Greffulhe où elle recevait l'aristocratie européenne. Et par extension le réseau des grandes demeures où cette société se déplaçait au fil des saisons.
Ce que ce site propose
Une notice sur le château de Bois-Boudran, une autre sur l'hôtel de la rue d'Astorg et le salon, un aperçu de son mécénat, et une mise au point sur ce que Proust lui doit, sujet où la légende a pris de l'avance sur les sources.
Enfin, une page pratique sur la visite de ces lieux aujourd'hui, puisque la question revient souvent et que la réponse est rarement simple.
Le contexte, plutôt que l'anecdote
Une vie de ce genre ne s'explique pas par les mots d'esprit qu'on lui prête, mais par les règles du milieu où elle s'est déroulée. Nous consacrons donc plusieurs pages aux mécanismes : ce qu'était un salon parisien et comment il fonctionnait, ce que recouvrait l'expression faubourg Saint-Germain, et surtout ce que le droit et l'usage laissaient réellement faire à une femme de ce milieu, question sans laquelle le mot « influence » reste creux.
Pourquoi les lieux plutôt que la personne
Ce site est organisé autour des demeures et du milieu, non autour d'une biographie. Ce choix mérite d'être expliqué, parce qu'il va à l'encontre de la manière dont on raconte habituellement ces existences.
Une vie mondaine de la fin du XIXe siècle se déroule dans des lieux qui en fixent les règles. Ce qu'on peut y faire, qui l'on peut y recevoir, à quelle heure et dans quel ordre : tout cela est déterminé par l'architecture autant que par les usages. Le plan « entre cour et jardin » d'un hôtel particulier n'est pas un décor, c'est un dispositif qui organise la distance sociale, filtre les arrivées et sépare la représentation de l'intimité.
De la même façon, l'alternance entre la saison parisienne et les séjours de chasse à la campagne n'est pas un agrément : c'est un calendrier qui structure l'année, détermine quand les alliances se nouent et quand les affaires se traitent.
Partir des lieux permet donc de dire des choses vérifiables, là où partir de la personne conduit vite à l'anecdote invérifiable.
Ce que nous ne prétendons pas savoir
Il faut être net sur les limites de ce travail. Nous n'avons pas consulté les fonds d'archives originaux, et nous le signalons sur les pages concernées plutôt que de laisser croire le contraire.
Plusieurs questions restent ouvertes et le resteront ici : l'ampleur exacte de son soutien financier aux entreprises musicales qu'elle a appuyées, le détail de la programmation des sociétés qu'elle présidait, le devenir précis de l'hôtel de la rue d'Astorg. Sur chacune, la documentation est dispersée ou nous échappe, et nous préférons l'écrire plutôt que d'avancer une probabilité déguisée en fait.
Ce que ce site offre, en revanche, c'est un cadre : les codes de la visite, le fonctionnement d'un salon, la fabrique de la notoriété par la presse, le mécénat musical privé et ce qu'un vêtement conservé permet réellement d'établir. Muni de ce cadre, un lecteur peut évaluer par lui-même les affirmations qu'il rencontrera ailleurs.
Une précaution de méthode
Beaucoup de ce qui circule sur la comtesse Greffulhe relève de l'anecdote recopiée. Nous nous en tenons ici à ce qui est établi, et nous signalons ce qui ne l'est pas. Quand une affirmation nous paraît douteuse, nous préférons l'écrire.
Ce n'est pas une coquetterie. La plupart des affirmations en circulation descendent d'un petit nombre de livres de souvenirs, par une chaîne de reprises que personne ne cite : nous expliquons dans une page à part comment lire ces témoignages, et dans une autre ce que contiennent réellement les archives privées qui permettent de les contrôler.