La comtesse Greffulhe

La comtesse Greffulhe L'hôtel de la rue d'Astorg et le salon

L'hôtel de la rue d'Astorg et le salon

Un salon n'est pas une réception. C'était une institution, avec ses règles, sa périodicité et son pouvoir de consécration.

Ce qu'était un salon

À la fin du XIXe siècle, tenir un salon consistait à recevoir régulièrement, à jour fixe, un cercle choisi. La maîtresse de maison décidait qui entrait, et cette décision avait des conséquences réelles sur les carrières artistiques et politiques. Nous détaillons cette mécanique — le jour, la porte, la consécration — dans une page consacrée au fonctionnement d'un salon parisien.

Le salon d'Élisabeth Greffulhe, rue d'Astorg dans le huitième arrondissement, comptait parmi les plus recherchés de son temps. Y être reçu valait reconnaissance. Encore fallait-il y être présenté, ce qui supposait de maîtriser un protocole précis de cartes et de visites.

Notons au passage une adresse qui surprend : la rue d'Astorg est rive droite, et non dans le faubourg Saint-Germain auquel la naissance de la comtesse la rattachait. L'appartenance à ce milieu ne se confondait pas avec le fait d'y habiter.

Une fonction de passage

L'intérêt historique du salon Greffulhe tient à ce qu'il faisait communiquer des milieux qui se fréquentaient peu : l'aristocratie du faubourg Saint-Germain, la haute banque, les musiciens, les peintres, et plus tard les scientifiques.

Cette porosité avait un support matériel. Le plan des hôtels particuliers parisiens, avec ses cours, ses antichambres et ses pièces en enfilade, était conçu pour recevoir beaucoup de monde tout en graduant l'accueil selon le rang et l'intimité.

C'est cette porosité qui a rendu possible une partie de son action de mécène. Faire entendre Wagner à Paris ou soutenir une troupe de ballet russe supposait d'abord de mettre dans la même pièce ceux qui décidaient et ceux qui créaient.

L'image et son contrôle

Élisabeth Greffulhe fut l'une des femmes les plus photographiées et les plus peintes de son époque, notamment par Antonio de La Gandara. Elle exerçait sur cette image un contrôle attentif, choisissant les poses et les tirages. Ce contrôle était rendu possible par les usages de l'époque en matière de portrait et de photographie d'atelier, où le modèle gardait la main sur ce qui circulait.

L'exposition La Mode retrouvée, les robes-trésors de la comtesse Greffulhe, présentée au Palais Galliera en 2015, a montré une partie de sa garde-robe conservée. Elle a rappelé au passage que ce contrôle de l'apparence était un travail, non une coquetterie — et que le vêtement de ce milieu fonctionnait comme un code lisible, non comme un ornement.

Le jour, et ce qu'il organisait

Un salon se tient à jour fixe, et ce détail apparemment administratif est en réalité le mécanisme central.

Le jour fixe dispense d'inviter : les habitués savent qu'ils peuvent venir, ce qui crée une assiduité sans obligation formelle. Il permet aussi de gérer l'admission par degrés — on est d'abord reçu un jour ordinaire, avant, éventuellement, d'être convié à ce qui se tient en petit comité. Et il rend visible l'assiduité de chacun, ce qui en fait un instrument de mesure sociale autant qu'un agenda.

Le corollaire est que l'absence se remarque, et qu'elle signifie. Cesser de venir, dans ce système, était une déclaration.

L'adresse rive droite, et ce qu'elle dit

Le fait mérite qu'on s'y arrête, car il éclaire une évolution.

Le prestige social se concentrait rive gauche, dans le faubourg Saint-Germain, tandis que la fortune récente et la haute banque s'installaient rive droite, vers la plaine Monceau et le quartier de l'Europe. Un salon tenu rue d'Astorg par une femme née dans l'aristocratie la plus ancienne occupe donc une position intermédiaire — et c'est précisément cette position qui lui donne son utilité.

Un salon strictement faubourien recevait le faubourg. Un salon situé à la charnière pouvait faire se rencontrer des mondes qui, autrement, s'ignoraient poliment. La géographie parisienne n'est pas ici un décor : elle est une part de l'explication.

Ce que nous ignorons de la maison

Par honnêteté, précisons ce que cette page ne dit pas. Nous ne décrivons ni la distribution intérieure de l'hôtel, ni son mobilier, ni les pièces où se tenaient précisément les réceptions, ni son sort ultérieur.

Ces éléments demanderaient un travail sur des sources que nous n'avons pas consultées, et l'on trouve à leur sujet des affirmations contradictoires. Nous préférons décrire le fonctionnement d'un salon, qui est documenté et transposable, plutôt que de reconstituer un intérieur que nous n'avons pas vu.

Ce qu'il en reste

Le salon appartient à un monde disparu avec la Première Guerre mondiale. Ce qui subsiste tient dans les archives, la correspondance et les images, plus que dans les murs.

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