La comtesse Greffulhe Le mécénat
Le mécénat
La part la plus durable de son action, et la moins racontée.
Wagner
La diffusion de Wagner en France après 1870 s'est heurtée à une résistance qui tenait autant à la politique qu'à la musique. La comtesse Greffulhe compte parmi ceux qui ont œuvré à faire entendre cette œuvre à Paris, en mobilisant son cercle et les moyens qui allaient avec.
Cette phrase reste vague tant qu'on ignore l'état de la querelle. Nous la retraçons, du scandale de Tannhäuser en 1861 à l'installation du répertoire wagnérien, dans la page consacrée à la réception de Wagner en France — où intervient aussi la Société des Grandes Auditions musicales de France, qu'elle présidait.
Les Ballets russes
L'arrivée de la compagnie de Diaghilev à Paris à partir de 1909 a bénéficié d'appuis mondains sans lesquels les premières saisons auraient été difficiles à monter. Élisabeth Greffulhe fait partie de ce réseau de soutien, dont nous décrivons le montage dans notre page sur les Ballets russes et leurs soutiens.
Le mécénat de cette époque fonctionnait ainsi : moins par le chèque que par la garantie sociale, la salle remplie et les bonnes personnes présentes le soir de la première.
La musique française
Elle a également soutenu des compositeurs français de son temps, dont Gabriel Fauré. Là encore, l'appui prend la forme de commandes, d'auditions organisées chez elle et d'introductions.
Les sciences
Une partie de son activité a porté sur le financement de la recherche, domaine où le mécénat privé jouait un rôle considérable avant la structuration publique du XXe siècle. Les détails de ces engagements sont documentés de façon inégale et nous préférons ne pas en donner ici une version simplifiée.
La forme concrète de l'appui
Il faut se défaire de l'image du chèque. Le mécénat mondain de cette époque prend quatre formes, et l'argent n'est pas la première.
La caution. Prêter son nom à une entreprise artistique, c'était lui donner accès à un public solvable et à une légitimité que rien d'autre ne procurait. Une souscription patronnée par les bonnes personnes se remplissait ; la même sans elles ne se remplissait pas.
La salle. Organiser une audition chez soi permettait de faire entendre une œuvre à un auditoire choisi, sans risque financier et sans passer par une institution. C'était une forme de création privée, et elle a compté pour des œuvres que les salles publiques n'auraient pas programmées.
L'introduction. Mettre en relation un compositeur et un exécutant, un chef et un mécène, un artiste et un critique. C'est l'apport le plus difficile à documenter et probablement le plus décisif.
Le financement, enfin, direct ou par souscription organisée. C'est la part que nous connaissons le plus mal, parce qu'elle laisse peu de traces publiques.
Ce que nous ne savons pas chiffrer
Il faut le dire nettement : l'ampleur financière de ces engagements nous échappe.
Les sommes engagées, la part qui relevait de sa fortune propre et celle qu'elle mobilisait auprès d'autres, la régularité de ces soutiens dans le temps — rien de tout cela n'est établi par une source que nous ayons pu consulter. Les récits en circulation donnent des ordres de grandeur qui ne sont jamais référencés.
Cette incertitude n'est pas un détail de méthode. Elle sépare ce que l'on peut affirmer — qu'elle a soutenu ces entreprises, que ce soutien a compté — de ce que l'on aimerait affirmer, à savoir dans quelle mesure. Les fonds d'archives permettraient sans doute de trancher, et nous décrivons ailleurs ce qu'ils contiennent et comment on y accède.
Comment lire ce mécénat
Il serait anachronique d'y voir une politique culturelle. C'était l'exercice d'une influence par une femme à qui les positions officielles étaient fermées, et qui disposait d'un salon, d'une fortune et d'un carnet d'adresses. Le résultat n'en est pas moins réel.
Encore faut-il savoir contre quoi ce mécénat se détachait. La France de cette période ne connaissait aucune administration culturelle au sens actuel, et la création vivante dépendait presque entièrement de circuits privés : nous décrivons ce paysage dans notre page sur le mécénat musical avant les institutions publiques.
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