La comtesse Greffulhe Les archives privées et leur ouverture
Les archives privées et leur ouverture
Une part considérable des sources sur les familles françaises anciennes n'a jamais été publique. Ce qu'il advient de ces papiers, et à quelles conditions on peut les lire, décide de ce qu'il est possible d'écrire.
Le renouvellement récent du travail biographique sur Élisabeth Greffulhe tient pour l'essentiel à un fait matériel : l'accès aux papiers de la famille. C'est une bonne occasion d'expliquer comment ce type de source existe et fonctionne.
Ce que contient un fonds familial
Les grandes familles produisaient et conservaient un volume de papiers considérable. On y trouve, dans des proportions variables, plusieurs ensembles bien distincts.
La correspondance, souvent la partie la plus abondante : lettres reçues, brouillons ou copies de lettres envoyées, billets. La gestion patrimoniale : baux, comptes de domaines, travaux, inventaires, successions. Les papiers de la maison : livres de comptes, gages du personnel, listes d'invités, menus. Les documents de fonction, quand un membre de la famille exerçait une charge. Enfin, tout ce qui s'accumule sans intention : cartes, faire-part, programmes, coupures de presse.
Ce dernier ensemble, apparemment insignifiant, est souvent le plus utile. Un carnet d'invitations dit qui fréquentait qui, à quelle date, sans arrière-pensée et sans reconstruction rétrospective. Il ne cherche pas à convaincre. C'est exactement ce qui manque aux souvenirs publiés.
Comment un fonds privé rejoint le domaine public
Les archives privées appartiennent à leurs propriétaires. Elles ne deviennent consultables qu'à la suite d'une décision de leur part, et plusieurs formes sont possibles.
Le don ou le legs transfère la propriété à une institution publique, définitivement.
La dation permet d'acquitter certains droits par la remise d'objets ou de documents d'intérêt patrimonial.
Le dépôt est la formule la plus fréquente pour les fonds familiaux : le propriétaire confie ses papiers à une institution, qui les conserve, les classe et les communique, sans que la propriété change de mains. Le contrat de dépôt fixe les conditions, et le déposant peut y prévoir des restrictions de communication.
La vente, enfin, disperse parfois des fonds entiers, ce qui est du point de vue de la recherche le pire des sorts : la correspondance vendue par lots perd le contexte qui la rendait interprétable.
Ce que « ouvert » veut dire
Un fonds accessible ne l'est pas nécessairement en totalité ni immédiatement.
Il faut d'abord qu'il soit classé et inventorié, ce qui représente pour un fonds volumineux un travail de plusieurs années. Un fonds non classé est matériellement inconsultable, même s'il est physiquement présent.
Il faut ensuite que sa communication soit autorisée. Pour les archives publiques, la loi fixe des délais selon la nature des documents. Pour un dépôt privé, ce sont les clauses du contrat qui s'appliquent, et elles peuvent réserver certaines parties, protéger des personnes vivantes ou soumettre l'accès à une autorisation du déposant.
Il faut enfin savoir lire. L'écriture manuscrite de la fin du XIXe siècle demande de l'habitude, la correspondance abonde en allusions dont la clef s'est perdue, et l'usage des surnoms et des initiales rend l'identification des personnes laborieuse.
Le cas Greffulhe
Le fonds de la famille a rejoint les Archives nationales, et c'est ce dépôt qui a permis le travail biographique récent, comme nous l'indiquons dans notre page sur les sources.
Nous ne donnons ici ni cote ni description détaillée, n'ayant pas consulté ce fonds nous-mêmes. L'inventaire est l'affaire de l'institution qui le conserve, et c'est auprès d'elle qu'il faut se renseigner sur l'état du classement et les conditions d'accès, qui évoluent.
Ce que l'ouverture change
L'effet de l'ouverture d'un fonds est toujours le même, et il est double.
Elle permet de vérifier. Une partie des anecdotes en circulation se trouve confirmée, une autre infirmée, et beaucoup restent simplement sans trace — ce qui n'est pas une réfutation mais doit être signalé comme tel.
Elle déplace aussi le sujet. Les papiers de gestion, les comptes, les correspondances d'affaires font apparaître des activités que les récits mondains ne voyaient pas : l'administration d'un patrimoine, l'organisation matérielle des réceptions, le suivi d'engagements de longue durée. Une figure connue pour sa mondanité peut ainsi se révéler avoir passé une part importante de son temps à gérer. C'est en général ce qui arrive quand on remplace un témoignage par des documents.
Une remarque sur ce qui n'existe pas
Un fonds ne conserve que ce qui a été gardé, et ce tri n'est jamais innocent. On détruit les lettres compromettantes, on garde celles qui flattent, les héritiers font le ménage avant le dépôt.
Le silence d'un fonds sur un sujet ne prouve donc rien, ni dans un sens ni dans l'autre. C'est une limite qu'il faut énoncer, faute de quoi on transforme une lacune de conservation en fait historique — et c'est là, sur les figures très commentées, que naissent la plupart des légendes.
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