La comtesse Greffulhe Le portrait mondain et la photographie au XIXe siècle
Le portrait mondain et la photographie au XIXe siècle
Se faire photographier n'était pas un geste banal. C'était une commande, un cadrage négocié, un tirage contrôlé — et pour certaines figures, un instrument.
On dit d'Élisabeth Greffulhe qu'elle fut l'une des femmes les plus photographiées et les plus peintes de son temps, et qu'elle veillait de près à ce qui circulait d'elle. Pour mesurer ce que cela signifie, il faut savoir comment fonctionnait la fabrication d'une image à cette époque.
Du portrait peint au portrait photographié
Le portrait peint restait, au XIXe siècle, l'exercice de représentation le plus prestigieux. Il coûtait cher, prenait des mois, exigeait des séances de pose et associait le modèle au nom d'un artiste. Choisir un peintre était en soi une déclaration.
La photographie, à partir des années 1840, introduit une seconde voie, plus rapide et moins chère, qui ne remplace pas la première mais la complète. On continue de se faire peindre pour la postérité et pour le salon ; on se fait photographier pour circuler.
La carte de visite photographique
L'invention qui change l'échelle est un format : un petit tirage collé sur carton, breveté dans les années 1850 et popularisé la décennie suivante. Son intérêt tient à ce qu'il permet de produire plusieurs images d'une même pose à faible coût.
L'effet est immédiat. On distribue son portrait, on collectionne celui des autres, on constitue des albums où voisinent des parents, des amis et des célébrités que l'on n'a jamais rencontrées. Le portrait devient un objet d'échange, exactement comme la carte de visite ordinaire dont il emprunte le nom et le format.
C'est aussi la naissance d'un marché de l'image des personnalités : les ateliers vendent au public les portraits des souverains, des acteurs, des écrivains. La célébrité acquiert un visage reproductible, ce qui n'avait jamais été le cas auparavant.
L'atelier
Un portrait photographique de cette époque est une opération d'atelier, pas un instantané. Les temps de pose imposaient l'immobilité, l'éclairage venait de verrières, les décors et les accessoires appartenaient au photographe, et les poses obéissaient à un répertoire limité.
Paris comptait plusieurs ateliers célèbres, dont celui de Nadar, ainsi qu'une série de maisons spécialisées dans la clientèle mondaine, chez lesquelles se faisaient photographier les familles du faubourg Saint-Germain et les figures du théâtre.
La retouche faisait partie du travail et n'avait rien de honteux : on corrigeait le négatif, on adoucissait les traits, on renforçait les contours. L'idée d'une photographie qui dirait le vrai parce qu'elle est mécanique n'a jamais correspondu à la pratique des ateliers.
Le contrôle des tirages
C'est ici que la question devient intéressante pour notre sujet. Dans ce système, le modèle pouvait garder la main.
La commande venait de lui, les négatifs restaient chez le photographe mais les conditions de diffusion se négociaient, et l'on pouvait valider une pose et en interdire une autre. Une personne soucieuse de son image pouvait ainsi décider quel visage circulerait, en combien d'exemplaires et auprès de qui.
Ce contrôle a une conséquence directe sur les sources. Les images anciennes qui nous restent d'une figure mondaine sont, dans leur immense majorité, des images qu'elle a approuvées. Elles documentent une construction, pas une apparence. C'est un excellent témoignage sur la façon dont quelqu'un voulait être vu, et un témoignage médiocre sur la façon dont il était.
La rupture de la presse illustrée
Ce contrôle se relâche à la fin du siècle, quand les procédés d'impression permettent enfin de reproduire des photographies dans les journaux à grand tirage. L'image cesse d'être un objet que l'on donne pour devenir un contenu que l'on publie.
Apparaît alors le photographe qui prend sans demander, aux courses, aux sorties de théâtre, aux plages à la mode. La célébrité mondaine change de nature à ce moment précis, et nous décrivons ce basculement dans notre page sur la presse mondaine.
Ce que nous ne publions pas
Ce site ne reproduit aucune photographie d'archives, faute d'en détenir les droits, et cette contrainte a un avantage inattendu. Elle oblige à décrire plutôt qu'à montrer, donc à écrire ce que l'on sait au lieu de laisser une image tenir lieu de démonstration.
Les portraits d'Élisabeth Greffulhe se trouvent dans les collections publiques qui les conservent et dans les catalogues d'exposition. Nous préférons y renvoyer, et nous rappelons ce point dans notre page sur les robes conservées, où la même question de la conservation sélective se pose.
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